A Merry Little Christmas

Vous aussi vous avez du remarquer : des tonnes de chocolat, Frank Sinatra et Mariah Carey en boucle, guirlandes lumineuses à gogo… Pas de doute, nous sommes bientôt Noël. Et parmi les nombreuses traditions héritées au fil dans décennies, mais qui n’ont sincèrement plus grand chose à voir avec la fête religieuse à l’origine des festivités, il y en a évidemment une qui nous intéresse tout particulièrement chez The Film Society : les films de Noël.

Mais en fait, c’est quoi un film de Noël?

 

Un film qui se passe… à Noël

Tout bêtement évidemment, un film de Noël peut se définir par le simple fait qu’il choisit comme cadre temporel cette période de l’année et les fêtes qui y sont associées. À la fois évident et simple, ce critère permet de faire rentrer dans la sélection tout un ensemble hétérogène : on ne peut par exemple par refuser au premier volet de Die Hard, Piège de Cristal, d’entrer dans le club des films de Noël, puisqu’il se déroule pendant la nuit du réveillon. Dans la même lignée de films d’action, les scènes finales de Riders of Justice donnent à voir un réveillon de Noël original, dans cette famille recomposée façon conte contemporain. Encore, on peut facilement considérer que Harry Potter à l’école des sorciers rentre dans la sélection : qui ne se souvient pas de ce matin de Noël à Poudlard où la cape d’invisibilité vient éclipser les pourtant magnifiques pulls tricotés main de la mère Weasley, ou encore des 37 cadeaux de Dudley?

 

Un calendrier de l’avent sur grand écran

Un film de Noël, c’est aussi ce film réconfortant que l’on regarde en décembre, pour se mettre dans le bain, comme pour vivre les fêtes encore plus intensément. C’est peut-être aussi une manière de retrouver la magie enfantine qui se cachait dans cette époque de l’année : on revoit le Grinch, les Gremlins et autres comédies rythmées par le même son de cloche que All I want for Christmas is you. Le film de Noël semble presque jouer un rôle cognitif, mais aussi et surtout social : ce sont des repères très largement partagés, qui permettent de faire groupe. À cette époque de l’année alors, c’est comme si les pêchés (mignons !) de cinéma étaient pardonnés : on a le droit de revoir Love Actually pour la 10ème fois, de se refaire la totalité des Harry Potter justement, ou de se concocter un programme de comédies au scénario simple et feel good. En fait, le film de Noël est populaire, et donc souvent dissocié du cinéma en tant que tel, ou du moins du cinéma de cinéphile. Pourtant, c’est aussi ça le cinéma : le plaisir (pas coupable), et la capacité à rassembler de larges groupes de personnes autour de sentiments partagés. Ainsi, le film de Noël peut aussi être définit par les affects qu’il met en avant.

 

Le feel good movie édition Noël

La comédie romantique reste le genre majoritairement représenté dans les films de Noël qui sont vus et revus par un très grand nombre chaque année, ou dans les nouvelles productions. Le film de Noël qui parle d’amour fait du bien, les conflits sont minimes et toujours réglés, ou alors contrebalancés par les récits positifs proposés en mosaïque. Le très british Love Actually de 2003 fait école dans ce cas, avec une structure facilement ré-exploitable, et ce à n’importe quelle époque de l’année. Réinterprétée à l’infini, la comédie romantique de Noël est ainsi un assez bon indicateur de l’état des mœurs de la société occidentale : les sorties phares pour Netflix cette année et l’année dernière mettent par exemple en scène un couple gay (Single all the way) et un couple lesbien (Happiest Season). En 2015, Cate Blanchett et Rooney Mara tombaient amoureuses au beau milieu des années 1950 dans le très joli Carol de Todd Haynes, une rare tentative de faire un film de Noël qui ne se déroule pas dans le présent immédiat du moment de réalisation.

Mais pour ne prendre que l’exemple des films de Noël qui mettent en avant des personnages appartenant à la communauté LGBTQ+, ces représentations ne sont pas toujours très bien reçues par les premier·e·s concerné·e·s. En fait, les personnages sont souvent cliché, et les situations rocambolesques (et disons-le, qui n’arrivent qu’aux riches bourgeois blanc·he·s de culture catholique) assez éloignées de la réalité de la majeure partie du public.

 

Des contre-films de Noël?

Alors, si on ne se retrouve pas dans la cible des classiques de Noël, est-ce que cela nous empêche pour autant d’aimer se retrouver certains soirs de décembre devant des productions associées à ce genre du « film de Noël », même quand on le fête pas soi-même? Évidemment que non, et les maisons de production l’ont bien compris. Le public touché est beaucoup plus large que celui des familles bien rangées de la 34ème rue : la période est l’occasion d’apporter un peu de loufoque, de magique, de fantasy même grâce à une période qui y est tout particulièrement propice. On se régale alors devant le sombre et terriblement charmant L’Etrange Noël de Monsieur Jack, et on rigole à gorge déployée grâce aux pitreries d’un Alain Chabat désemparé dans Santa & Cie. Et puis, si décidément, le sucre et les bons sentiments nous horripilent, pas de panique, on peut choisir de se faire une frayeur elle aussi spécial Noël avec par exemple la série des Black Christmas ou encore l’original Krampus sorti en 2015.

 

Que l’on fête Noël ou pas, les films que l’on regarde à cette période font partie d’une culture occidentale dominante partagée au-delà des festivités initialement religieuses. Le « film de Noël », c’est avant tout un film que l’on regarde à cette période, qu’on prend plaisir à revoir, et qui contient quand même un minimum de décoration scintillantes et de petits chants à la mélodie entêtante.

Alors à vos couettes et chocolats chauds, et bon visionnage !

Proposé et rédigé par Cécile Gauclère