A24 : Étendard de la production indépendante américaine

La réussite d'une vision et d'un éclectisme

Illustration de kulturehub.com

Un logo sobre et simple, mais toujours gage d’une bonne qualité. C’est comme cela que l’on peut tenter de commencer à expliquer l'impressionnant succès de A24, une boîte de production qui s’impose inexorablement dans le paysage de la production indépendante américaine depuis presque 10 ans.

Fondée en 2012 par trois passionnés de cinéma – Daniel Katz, David Fenkel et Jon Hodges -, A24 est une société de production et de distribution adulée par les cinéphiles. Il faut le dire : A24 est devenue en un temps record une marque de confiance parfois presque irrationnelle pour un certain public. La simple présence du logo de la marque est déjà gage d’un bon film – ou du moins, d’un film dont on se souviendra.

La recette d’A24 diffère des schémas traditionnels répétés dans l’industrie hollywoodienne. Le trio de producteurs cherche à mettre l’artiste au cœur du processus de production et leur laisser une grande liberté vis-à-vis des histoires qu’ils ou elles souhaitent raconter.  Souvent comparée à Miramax, qui dans les années 90 a fait découvrir des réalisateurs prodiges encore inconnus à l’époque (Quentin Tarantino, Steven Soderbergh), A24 connaît une mise en avant équivalente. Alors que les boîtes de production et de distribution sont souvent vouées à rester dans l’ombre et à ne pas connaître les tapis rouge foulées par les autres étoiles, ces deux-là ont fait figure d’exception.

Ce qui est marquant dans la ligne directrice de A24, c’est paradoxalement l’hétérogénéité de ses productions. Dès ses débuts en 2013, le logo se retrouve sur le coloré Spring Breakers de Harmony Korine, l’ostentatoire The Bling Ring de Sofia Coppola ou encore dans l'introspectif Dans la tête de Charles Swan III réalisé par le frère de cette dernière, Roman Coppola. La production continue avec des merveilles comme Under The Skin de Jonathan Glazer en 2014, Ex Machina de Alex Garland jusqu’à la consécration absolue aux Oscars 2017 où Moonlight de Barry Jenkins remporte l’Oscar du meilleur film.  En l’espace d’à peine quatre ans, A24 est devenue un lieu de création formidable où des pointures comme Robert Pattinson et Scarlett Johansson peuvent s’épanouir hors de la grosse machine d’Hollywood. Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

A24 devient un réel écosystème d’artistes. Dans les plus grandes révélations de la boîte de production, on pourra retenir deux réalisateurs contemporains majeurs : Ari Aster et Robert Eggers. Deux cinéastes versés dans un film de genre très sombre, ayant deux longs-métrages à leur actif et un troisième dans les tuyaux. Il n’a pas fallu longtemps avant que la hype prenne grâce à leurs premiers films respectifs : Hérédité chez Aster qui met en scène une Toni Collette transcendée, et The Witch chez Eggers révélant peut-être l’une des plus grandes et charismatiques actrices de sa génération : Anya Taylor-Joy. Puis, une consécration avec deux films sortis la même année en 2019 :  Midsommar pour l’un , et The Lighthouse pour l’autre, affirmant tous deux leur place bien acquise dans le cinéma indépendant américain à portée mondiale. Comment alors ne pas comprendre l’attente énorme placée sur leurs prochaines productions, et plus généralement sur toutes celles de A24 ?

En dehors des salles, c’est sur les plateformes de streaming que brille l'éclectisme de la structure avec Uncut Gems des frères Safdie sur Netflix ou bien  On The Rocks de Sofia Coppola sur AppleTV, touchant ainsi un public toujours plus large pour faire rayonner l'image de la marque au-delà des frontières des Etats-Unis avec toujours autant de qualité.

Et en cette année 2021, A24 a définitivement pas dit son dernier mot et a encore de belles années devant elle : entre les prochaines productions de ses réalisateurs fétiches et de films comme First Cow de Kelly Reichardt ou le très plébiscité Minari de Lee Isaac Chung.
L’histoire de A24 est indéniablement une « success story », démontrant qu’un changement de modèle de production et de relation avec les créateurs.trices  - dans une industrie souvent violente et sans concessions – est une recette gagnante pour produire des films originaux et marquant leur époque. 

 

Cette semaine, The Film Society vous invite à un voyage dans le temps pour saisir l'essence de A24 à travers 7 films majeurs de leur catalogue. Longue vie à A24 !

Éditorial proposé et rédigé par Julien Benard