[CANNES 2021] Titane de Julia Ducournau

Il fallait bien faire rentrer les monstres

Une tempête a déferlé sur le Festival de Cannes la semaine dernière. Personne n'est sans savoir que la prestigieuse Palme d'or a été décernée à Julia Ducournau pour son second long-métrage Titane, film annoncé comme viscéral et gore à souhaits.

Cinq ans après le dérangeant Grave, le retour de la femme sacrée du cinéma de genre français était plus qu'attendu. Là où son premier long-métrage dérangeait profondément en attaquant le sujet malsain du cannibalisme, la promesse Titane a peut-être été un peu survendue. 

Comme tous les ans, Cannes ne peut se dérouler sans un film qualifié de choquant comprenant des histoires d'évanouissements ou de vomissement dans une salle. Il faut croire que cette année, les spectatrices et spectateurs concerné.e.s n'ont jamais vu aucun film de John Carpenter ou de David Cronenberg. Cités comme déterminants dans la cinéphilie de Ducournau, ces deux réalisateurs traitaient déjà en long en large et en travers du "body horror" - sous-genre du cinéma d'horreur orienté vers la transformation et la mutilation des corps. Titane se place alors comme un héritier inscrit dans la continuité contemporaine de ce sous-genre, tout en proposant une esthétique beaucoup plus "rock'n'roll" et pop, finalement presque moins trash.

Sans en dire trop, le film met en scène les personnages d'Alex (Agathe Rousselle) et de Vincent (Vincent Lindon) qui gravitent autour d'une quête commune d'acceptation et de renouveau. Débordant de thématiques - le corps, la paternité, l'identité, le renouveau - Titane se perd dans les méandres de ce qu'il souhaite proposer. On sait rarement où l'histoire nous mène, et le long-métrage n'est peut-être visuellement pas assez provoquant pour combler certaines lacunes narratives. 

Malgré celles-ci, le film prend réellement vie grâce aux performances monstres du duo de comédien.ne.s, complètement transformé par la vision de la cinéaste. Le tout est doublé mise en scène est impressionnante - on pense à cette magnifique scène d'introduction - mais peut parfois frôler l'esbrouffe. Le propos se perd souvent dans l'enchaînement des scènes qui n'arrivent parfois pas à assez définir les personnages.

Titane reste une belle expérience de cinéma et offre avec force la sincérité de son autrice. Ce qui est à regretter, c'est l'aura de hype qui s'est construite autour de l'oeuvre, la catégorisant gore et violente alors que finalement, il n'y a de violence que dans le bris des codes d'un cinéma français toujours trop propret et n'assumant pas ses créations les plus intimes et originales. 

Bien qu'ayant été quelque peu sur-encensé, on ne peut que se réjouir de cette Palme d'or pour Titane. Elle encourage définitivement un cinéma différent et offre à Julia Ducournau une consécration pour un second film qui, bien qu'imparfait, témoigne d'une très grande force de proposition artistique. La trajectoire de Julia Ducournau n'en est qu'au commencement et la cinéaste semble être née sous une très belle étoile. Maintenant que les monstres sont rentrés, espérons que la porte reste grande ouverte.