Etés meurtriers

Retour sur différentes manière d'aborder l'été au cinéma

Conte d'Eté - Eric Rohmer

L'été, temps de la fête, de la liberté, des voyages, des rencontres amoureuses, est le plus souvent appréhendé comme une période joyeuse. Pourtant, bien des films ont choisi de traiter l'été de manière anxiogène, ennuyeuse, voire carrément propice au crime et aux pires déviances.

Retour en 7 films sur différentes manière de traiter l'été au cinéma.

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21 juin, l’été est enfin de retour. Avec lui le soleil, la fête, les terrasses, les soirées aux dénouements imprévus et, forcément, une part d’insouciance. Après un an et demi de crise sanitaire, l’été 2021 sonne comme une libération, l’aboutissement attendu d’une longue période d’angoisse.

Quelle place peut bien avoir le cinéma dans tout ça ? Forts surtout de leurs températures estivales, de leur propension à la fête et aux retrouvailles, les mois de juin, juillet et août ne font pas figure – du moins en apparence - de mois les plus propices pour aller se faire une toile.

Pourtant, les grands studios ont toujours capitalisé sur l’été comme une période propice pour capter le public. Au milieu d’un système américain d’exploitation savamment dosé, les blockbusters sont la figure de proue des sorties ciné de l’été. Lorsque Steven Spielberg sort Les Dents de la mer à l’été 1975, il dépasse les 400 millions de recettes dans le monde entier, offrant aux studios une stratégie marketing à répéter au fil des années, un modèle à suivre pour être rentables. L’été, on croit en une plus grande diversité des spectateurs, les vacances donnant l’occasion aux plus jeunes mais aussi aux familles de se jeter sur les dernières grosses sorties.

Cette année, l’été promet d’être inédit en matière de cinéphilie. En plus du calendrier des sorties -particulièrement resserré depuis la réouverture - qui voit les bons films se chevaucher en salles offrant aux spectateurs un panel de choix très large (au programme dès le 23 juin : Minari, l’adaptation live de Cruella par Disney, Gagarine, Wendy, Un espion ordinaire…), le Festival de Cannes reprend ses marques en juillet, assurant la promotion et la mise en compétition de 2 ans de films retardés par le COVID (qui n’attend pas fébrilement Annette ou Benedetta ?).

Pour toutes ces raisons, l’été ciné 2021 risque d’être exceptionnel. Au point de se demander si la période estivale ne serait pas finalement la plus propice aux émois cinématographiques. Pour y répondre, pourquoi ne pas faire un bref retour sur la manière dont est traité l’été dans les films ?

Comme évoqué, l’été, période des grandes vacances, est aussi celle de la fête, de l’aventure et de la liberté. Dans Génération Rebelle, Richard Linklater filme le passage à l’âge adulte d’un groupe de lycéens via leur dernier jour de cours et le début de l’été. Occasion pour ses protagonistes de se réemparer leur emploi du temps le temps d’une soirée qui passera à la postérité. Ainsi, l’été au cinéma devient bien souvent la saison de la jeunesse qui, retrouvant sa liberté, se plait à vivre des expériences nouvelles inadaptées aux autres périodes de l’année. C’est le cas par exemple des premiers amours, moulte fois évoqués au cinéma. On ne compte plus les films évoquant l’amour d’été. Celui-ci peut être sincère et intense, comme la rencontre entre Elio et Oliver dans Call me by your name, mais l’été se porte également à la légèreté et la frivolité, sentiments dont Rohmer s’est fait le spécialiste (Conte d’Eté, La Collectionneuse, Pauline à la plage).

Mais l’été peut également être vécu comme anxiogène. La chaleur pesante, notamment dans les grandes villes vidées de leurs populations poussent les personnages qui y restent à la marginalité et la remise en question. Ces derniers n’ont bien souvent pas les moyens ou l’envie de partir. C’est le cas des protagonistes de Do the right thing pour lesquels la chaleur devient révélatrice de tensions entre groupes ethniques forcés de la subir ensemble. La solitude vécue en été peut amener certains personnages à la paranoïa (Under the Silver Lake) mais aussi à l’ennui comme Delphine dans Le Rayon Vert qui souffre de son isolement et peine à donner sens à son été, et plus généralement à sa vie.

Les grandes maisons de vacances, villas avec piscines, poussent également bien souvent à l’angoisse et deviennent révélatrices des tensions au sein d’un groupe. On ne compte plus les longs-métrages tournés autour d’une piscine ou d’un manoir qui virent à la catastrophe (Les petits mouchoirs, La Piscine, Swimming pool).

Enfin, depuis Les dents de la mer, la plage est également un lieu particulièrement anxiogène. Ses suites et ses variantes (Piranhas 3D, Instinct de survie) adoubent l’été comme période la plus anxiogène du cinéma mondial.

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Cette semaine, The Film Society vous propose 7 films, 7 manières d’aborder l’été, de la rencontre amoureuse à la solitude, de l’ennui mortel au crime passionnel. Bonnes vacances !

Éditorial proposé et rédigé par PierreSenecal