GROOVY !

Nouveau sur Shadowz

Que reste-t-il à dire, qui n’ait pas déjà été dit, sur le chef d’œuvre qu’est Evil Dead 2 ? Même si l’on adorerait s’étaler sur son humour cartoonesque jouissif, sa mise en scène inventive et ses effets spéciaux dingues en convergeant le tout vers l’impact qu’il a eu sur le cinéma, nous préférons nous attarder ici sur un autre classique du genre, peut être moins connu, mais ayant eu tout autant de poids dans l’histoire du cinéma.

 

LE FILM DE LA SEMAINE

Mark Lewis est un solitaire, passionné d'image jusqu'à l'obsession. Opérateur sur un plateau de tournage, il fait aussi des extras comme photographe de charme au-dessus d'un marchand de journaux qui vend ses compositions sous le manteau. Son appartement comprend un immense laboratoire rempli de matériels, appareils, outils de chimie... Là, il développe et visionne seul, ses propres films. La caméra toujours à portée de main, Mark Lewis dit tourner un documentaire mais il s'emploie à une démarche plus insolite et surtout beaucoup plus morbide....

Le Voyeur (aka Peeping Tom) a été écrit par Leo Marks. Cet ancien espion britannique y injecta son expérience de la seconde guerre mondiale, où il était chargé d’imaginer de nouvelles façons de communiquer en messages codés. Cette idée d’« apparences trompeuses » et de manipulation habite totalement le scénatiste et, par conséquent, le film. Pas étonnant dés lors que Martin Scorsese, grand fan du cinéma de Powell, ait engagé Leo Marks pour faire la voix de Satan dans La Dernière Tentation du Christ.

C’est donc le réalisateur anglais Michael Powell (Les Chaussons Rouges) qui réalise le film en 1960. Alors reconnu, respecté, acclamé… Le cinéaste prend un risque et un virage radicale avec ce projet sombre, outrancier et pervers. Mais après quelques échecs commerciaux, les studios ne lui font plus autant confiance qu’avant et il cherche à se réinventer. De par son atmosphère hautement sexuelle et ses meurtres violents, Le Voyeur se voit interdit en Angleterre et le cinéaste tant respecté devient persona non grata, rien que ça. Powell ne regrettera jamais d’avoir tourné le film, loin de là.

Sort injuste du destin, la même année, Psychose d’Alfred Hitchcock cartonne. Au fil du temps, les deux films implanteront le personnage du psycho-killer dans l’imaginaire du public. Mais si Hitchcock s’attachait à faire de Norman Bates un psychopathe insondable (du moins jusqu'à la révélation finale), une figure inquiétante de l’ombre, Powell plonge corps et âme dans l’esprit torturé de Mark Lewis, forçant le spectateur à s’identifier et se rapprocher de ce tueur sociopathe, parfois touchant dans sa maladresse et sa sensibilité bien personnelle. Les deux longs-métrages sont connus pour avoir préfiguré le slasher. En plus de ça, Peeping Tom évoque avant l’heure le giallo, ses lumières uniques et son style baroque.

Pas de doute, Le Voyeur est un grand film, incompris à son époque, depuis réhabilité comme il se doit. Du malaise à la violence, en passant par la poésie, tous les éléments d’une immense œuvre dérangée sont là. Glauque et insidieux, c'est aussi un film sur l’amour : celui, impossible, entre Mark et Helen, celui, destructeur, de Mark pour les images, celles qu’ils crée, celles qu’il regarde... Et celui de Powell pour le cinéma. 

L'auteur
Du même auteur Films relatifs à l'article A lire également