J’aime les comédies musicales !

Danser, chanter telle est la recette miracle du bonheur.

D’ici un mois nous aurons l’occasion de redécouvrir l’une des plus belles comédies musicales avec la sortie en salle du reboot de Steven Spielberg West Side Story et je vais vous dire pourquoi il faut aller la voir.

Grand amoureux de ce genre à part entière, j’ai toujours été fasciné par le clivage qu’il créé parmi les spectateurs du 7ème art. J’ai souvent entendu dire par ses détracteurs que c’est un style où le scénario n’est ni profond ni recherché, que c’est ennuyant, kitsch, ringard, ridicule, pas crédible ou que ce n’est pas du cinéma, mais pourtant je les adore. Pour moi non plus ce n’est pas du cinéma, ce n’est pas que du cinéma puisque la qualité des projections sur grand écran ne repose pas seulement sur des performances cinématographiques. La danse, le chant et le théâtre sont omniprésents et tout aussi importants.

 

La chanson, bateau qui (ra)mène aux pays des rêves

La chanson dans le cinéma est très importante car elle peut magnifier n’importe quelle scène et la faire passer d’un simple bon moment à un instant magnifique et est un très bon vecteur de souvenirs. On peut repenser facilement un film à l’aide de sa BO. Mais pour une comédie musicale je trouve que cette sensation est encore plus forte. En chantant, le personnage fait passer la musique au premier plan, la considère entièrement et nous invite à chanter avec lui sur des thèmes universels basés sur des sentiments déjà vécus par tous. Cela permet de rentrer pleinement dans le film et de ressentir les mêmes sentiments que les personnages. Et c’est là que la magie opère. Les musiques étant chantées avec joie, légèreté et souvent parlant d’amour, on se laisse complètement porter et transporter dans un monde de rêve et de bonheur. Lorsque j’ai vu pour la première fois Chantons sous la pluie, j’ai eu envie de prendre mon parapluie pour accompagner Gene Kelly et chanter sous la pluie. J’aurais sauté dans les flaques d’eau avec lui car comme lui « The sun (was) in my heart ». Et ce parapluie je l’aurais gardé pour donner la réplique 12 ans plus tard à Catherine Deneuve dans Les Parapluies de Cherbourg qui a lancé sa carrière. Car rien qu’avec le chant et la couleur, Jacques Demy réussit à transformer cette ville (un brin) morose en havre de joie, au moins au début.

La musique nous plonge si fortement dans le film que l’on peut par la suite revivre pleinement ce que l’on a ressenti en une seule écoute. Bien plus que pour un film classique où l’on va se remémorer un passage ou une histoire, nous allons être de nouveau transportés au pays des rêves. C’est pour cela que j’adore High school musical - pourtant pas incroyable d’un point de vue cinématographique - puisque les mélodies de Troy, Gabriella et de tous les étudiants du lycée East High d’Albuquerque sont pour moi une véritable madeleine de Proust. Je me rappelle de moi enfant, plein d’étoiles dans les yeux en idéalisant le lycée à l’américaine. Ce n’est pas pour rien qu’Henry Thoreau pensait que, alors qu’il n’a même pas pu avoir la chance de voir une comédie musicale sur grand écran, « dans un univers de paix et d’amour, la musique serait le langage universel ».

 

Une danse vaut mieux qu’un long discours

La danse permet aussi d’amener de la légèreté et faire passer une bagarre entre immigrés - les Polonais, Irlandais et Italiens composant les Jets et les Portoricains des Sharks - pour un chef d’œuvre artistique. Les chorégraphies de West Side Story, le Roméo & Juliette des temps modernes, imaginées par Jerome Robbins sont un régal pour le spectateur tant elles sont poétiques, gracieuses et bien retransmises derrière la caméra de Robert Wise. La rigueur du chorégraphe, qui était un tel perfectionniste qu'il fut viré avant la fin du tournage qui obligeait à rejouer des scènes indéfiniment, y joue pour beaucoup. Cet art permet aussi de parler sans s’exprimer oralement. Seulement au travers de leurs gestes, leurs expressions faciales, leur façon de bouger leur corps et de faire des claquettes, Emma Stone et Ryan Gosling arrivent à s’attirer, se repousser, à jouer une version du je t’aime moi non plus de façon juste et enivrante. Et comme dans Chantons sous la pluie, les claquettes permettent de prolonger le sentiment de joie, de légèreté de la musique puisqu’elles l’accompagnent parfaitement en chantant elles-aussi.

 

Des histoires universelles

La toile de fond de tous les films cités dans cet article est l’amour. Quoi de plus universel que l’amour dans la vie ? Tout le monde a eu idée de ce qu’est l’amour et aimerait le connaître au moins une fois, c’est pour cela qu’on s’identifie si bien aux personnages et à l’histoire. Et encore plus lorsqu’il est couplé à des sujets plus profonds. On peut penser ici à la place de la femme dans la société qui à l’époque de Jacques Demy ne peut pas d’avoir d’enfant hors mariage sans être jugée et honteuse, à la fabuleuse chanson America de West Side Story dans laquelle Bernardo chante les difficultés d’intégration des immigrés aux Etats-Unis, ou enfin à l’objectivation de l’enfant dans Annette.

Par ailleurs, ce film excelle dans la réalisation du troisième pilier du genre : le théâtre. Leos Carax arrive à mettre en scène avec brio certains procédés de cet art dans sa tragédie musicale. La scène d’introduction notamment est l’une des plus belles invitations à rentrer dans un film que j’ai pu voir, l’une des scènes les plus envoutantes. Usant à merveille de l’adresse aux spectateurs, il met en scène l’équipe du film qui revêt son habit de comédien pour commencer à raconter l’histoire et dès lors, on plonge directement dans le film si, bien sûr, nous avons répondu positivement aux « so may we start » martelés par ce formidable casting.

 

C’est pour cela que j’adore les comédies musicales puisqu’elles permettent d’oublier le quotidien en embarquant pleinement dans un monde féérique fait de joie, de musique et de danse où tout est possible et où l’on peut traiter de sujets poignants mais en gardant souvent de la légèreté. Une ode à la vie, au bonheur quel que soit les drames qui peut nous arriver.

Proposé et rédigé par Lucas Coppens