Jusqu'ici tout va bien

Retour sur le plus célèbre des collectifs français

À l’occasion de l’exposition Jusqu’ici tout va bien au Palais de Tokyo jusqu’au 11 septembre, retour sur le parcours d’un collectif d’artistes français, cinéastes, musiciens qui ont fait de l’exclusion sociale des quartiers francais un véritable combat.

Une caméra et des potes

Romain Gavras le raconte mieux que personne : à l’époque « Un pote avait un fusil, du coup on faisait un film avec un fusil ». Une bande de jeunes, quasi-voisins de palliers, dont certains issus de familles d’artistes, se réunissent au coin de la rue pour créer une passion naissance qui est d’assembler des scènes faites à partir de bouts de ficelles cinématographiques. Les clips faits-maison, des sketchs, qui témoignent d’un réel amour et d’un besoin d’expression de leur quotidien, le tout à travers regard œil-de-bœuf au montage charcuté et cruellement dynamique pour l’époque. Les retours et l’enthousiame des copains les enflamment et les encourage à poursuivre ces aventures.

Alors qu’ils ont 15 ans, le film « La Haine », monument cinématographique francais des années 90, qui décrit la vie de 3 galériens à travers les quartiers hors d’un prisme traditionnel des reportages télévisés, emporte une génération pour une fascination pour un réalisateur inconnu qui habitait alors dans leur immeuble : Mathieu Kassovitz. À partir de là, ils ne vivront que par leur art et se lanceront à corps perdus dans la vidéo comme moyen d’exister.

Une ligne droite vers la reconnaissance

La vidéo car, Koutrajmé n’a pas commencé par la case Cinéma dès le premier jour : une succession de clips, d’abord commencant par les copains du quartier pour finir par collaborer avec les grands du moment : M.I.A., Justice, Jamie XX, Kanye West & Jay-Z pour ne citer qu’eux. D’abord amateur, pour enfin dégager un style et une affection pour des symboliques visuelles impactantes et la mise en scène de conflits de lutte entre corps sociaux, qu’ils soient urbains, pulsionnels ou relevant de l’oppression politique.

Les clips musicaux oui, mais également des projets vidéos de différentes natures, allant du faux-documentaire pour troubler le regard posé dans les années 2000 sur les banlieues, ou bien les actions plus militantes comme le cop-watching, exercice qui consiste à suivre les forces de l’ordre lors de confrontations avec les foules afin de garder des preuves vidéos d’éventuels dérapages.

L’éclectisme des artistes qui composent le collectif empêche celui de s’affirmer à travers un moyen d’expression commun, cette grande famille où chacun en ferait partie à divers degrés (Kim Chapiron, Romain Gavras,  Toumani Sangaré, Mai LanJR, Mathieu Kassovitz, Vincent Cassel), mais permet à chacun de s’exprimer ensemble dans la solidarité et dans la volonté de casser les codes sans jamais perdre leur identité.

Cette semaine, The Film Society met à l’honneur une sélection de moyen et long-métrages issus du cru collectif Kourtrajmé, en écartant en volontairement (et à notre grand dam) deux œuvres majeures qui leur sont associées, La Haine et Les Misérables, œuvres qui représentent les deux bornes d’un parcours allant de la révélation jusqu’à la consécration internationale.

 

Proposé et rédigé par Diego Lecoutre