Le Festival Lumière

Le cinéma de patrimoine sous les projecteurs

Dans le courant de l'année 1895, à Lyon, les frères Lumière mettent au point le tout premier cinématographe, machine ingénieuse et transportable permettant l'impression d'images sur une pellicule. C'est avec leur merveilleuse invention qu'ils filment l'année suivante L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat, marquant les débuts de l'histoire du septième art. En 2021 et comme plusieurs de ses prédécesseurs, Jane Campion tournera un remake de ce court film après avoir reçu le Prix Lumière, décerné chaque année à une personnalité du cinéma pour honorer l'ensemble de son parcours. 

Rendre hommage, c’est le mot d’ordre de ce festival réservé de manière inédite au cinéma de patrimoine. Derrière ce terme se cache, d’après le CNC, l’ensemble des films dont la première date de sortie est antérieure à 10 ans, soit un écosystème immense, peuplé d'œuvres ayant ébloui et fait grandir tout cinéphile. En remontant le fil de l’histoire, un événement apparaît comme fondateur pour comprendre les enjeux de ce trésor aux milles facettes : le passage au numérique. 

Ce changement opéré dans les années 2000, incroyable de rapidité, semble condamner l’ensemble des pellicules à prendre la poussière. Dans la plupart des salles, le matériel est remplacé, ne proposant plus d’autres moyens de projections que le numérique. Mais le cinéma n’est pas fait pour dormir : dès lors, un travail minutieux de numérisation des œuvres se met en place, entre restauration et respect de la création authentique de l’auteur. Ces petites mains qui s’y activent, ce sont par exemple celles de la Direction du Patrimoine Cinématographique, gérant la conservation, la restauration et le catalogage des films confiés au CNC.

Au sein d’une industrie où la production mondiale de film ne cesse d’augmenter, la DCP fait partie d’un ensemble d’acteurs qui œuvrent pour s’éloigner des logiques consuméristes et proposer la mise en valeur de ces métrages d’époque. Il s’agit de proposer le cinéma autrement, en tant qu'œuvre artistique et culturelle, d’alimenter le regard en présentant contexte et éclairages.

La mise en valeur de telles œuvres est en partie permise par les plateformes de vidéo à la demande, dont certaines comme la Cinetek, ou le Criterion aux Etats-Unis, se spécialisent dans le cinéma de patrimoine. Mais les transformations des modes de consommation du septième art qui s’opèrent drastiquement de nos jours ne peuvent effacer la magie du grand écran. Les festivals deviennent ainsi un espace privilégié qui combine présentations et interventions de professionnels, et qui envahissent les salles de cinéma pendant quelques semaines pour faire vivre ces métrages endormis. 

Au festival Lumière, c’est un patrimoine sous toutes ses formes qui se retrouve de nouveau sous le feu des projecteurs : une nuit de projections des différents Jurassic Park viendra célébrer ces gros succès ayant marqué leur époque, tandis que des séances présentant La grève d'Eisenstein en ciné-concert ou Un chien andalou de Buñuel commémorent un panel choisi de films fondateurs du cinéma. 

Il est réjouissant de voir que la démarche du festival Lumière s’inscrit dans une tendance à la hausse : au cours des vingt dernières années, les rééditions et les films restaurés occupent de plus en plus les salles françaises et l'actualité du cinéma, le nombre de séances y étant consacré ayant progressé de 56%. C’est ainsi d’autant plus de découvertes et redécouvertes de films d’artistes originaux, qui ont proposé une vision, une histoire, un élément qui a marqué son époque. Il est formidable de se laisser emporter par le cinéma du présent mais ces visionnages permettent de diversifier les images proposées, de casser les habitudes cinématographiques d’aujourd’hui pour être étonné, émerveillé, et en somme pour construire son regard de cinéphile.

Proposé et rédigé par Léa Larosa