Le rire italien

Brève histoire de la comédie italienne

Le Fanfaron réalisé par Dino Risi

Comment évoquer l'art de la comédie cinématographique italienne sans mentionner en premier lieu la commedia dell'arte ? Genre des plus populaires et efficaces du théâtre italien où l'on retrouvait à chaque représentation des personnages-type à partir de simples canevas : Arlequin, Scaramouche, Pantalon ou encore Matamore, des profils hauts en couleurs qui n'ont jamais cessé d'exister au cœur de la société italienne.

 

La société justement. Elle est au cœur du cinéma italien après la seconde guerre mondiale où les scénaristes opposeront toujours misère et bourgeoisie, du père de famille désœuvré en passant par la lâcheté du petit bourgeois. Finalement dans la comédie italienne, impossible de faire abstraction de la réalité. Une trilogie comme Pain, amour (de Comencini et Risi) reste le parfait exemple.

On tend alors vers "le néoréalisme rose", tendance plutôt éphèmère où la dureté du quotidien se terminait toujours par une fin heureuse, mais quitte à divertir le public, pourquoi ne pas le faire à fond ? Antonio Pietrangeli avec Le célibataire prouve le potentiel humoristique du cinéma italien en ajoutant au passage un message plutôt osé pour l'époque sur l'évolution des moeurs. La comédie italienne pointe alors le bout de son nez.

Et puis Le Pigeon va finir par égayer l'Italie conservatrice, film de casse par excellence mené par une équipe de bras cassés. Ou comment rire d'une société en mal de vivre. Composé d'un casting cinq étoiles (Gassman, Salvatori, Cardinale ou encore Mastroianni), de véritables têtes d'affiche s'illustrent comme représentant de l'humour italien au cours des années 60. On pense alors au duo Alberto Sordi et Jean-Louis Trintignant dans Le Fanfaron, iconique, ou encore à la « gueule » d'Ugo Tognazzi dans Les Monstres, essai marquant du film à sketches qui définira une bonne partie du cinéma italien.

Derrière toutes ces tranches de rire il y a des metteurs en scène de talent mais aussi et surtout des scénaristes à la plume aiguisée, ayons donc une pensée à Rodolfo Sonego, Ruggero Maccari, Ennio De Concini ou encore le jeune Ettore Scola.

Quand arrivent les années 70, les cinéastes se redécouvrent un aspect pessimiste au travers de leur critique de la société, il faut dire que le pays connait une énième période difficile entre les différentes crises tant politiques qu'économiques. La ferveur des années 60 semblent déjà loin en dépit de l'acension d'Ettore Scola se positionnant comme la nouvelle figure avec des films comme Affreux, sales et méchants.

Encore aujourd'hui, le cinéma italien n'arrive pas à se dissocier des sujets sociétaux, on pense bien entendu aux films de Nanni Moretti ou plus récemment au film Citoyens du monde mettant en scène le quotidien de trois retraités à la pension misérables prêts à tout plaquer pour vivre ailleurs en Europe. 

 

Cette semaine, The Film Society revient sur 7 films marquants de la comédie italienne.

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