Les sorties de la semaine du 9 juin

Nomadland, Promising Young Woman, Le discours

Après une semaine à profiter des terrasses, les rédacteurs de The Film Society vous proposent une double dose de films qui ont attiré notre attention ces quinze derniers jours. N’hésitez pas à donner vos retours !

 

Nomadland de Chloé Zhao : «"Nomadland" suit la trajectoire de Fern, dont la vie a été bouleversée par la fermeture de l’usine Empire en 2011, dans le Nevada. Sans emploi, elle se retrouve à vivre dans son van, à parcourir les grands États, à la recherche de petits boulots ou de nouveaux horizons. Avec un tact graphique rappelant les plus beaux couchers de soleil des Moissons du Ciel de Terrence Malick, Chloé Zhao sublime le portrait de cette Amérique éternellement voyageuse, propulsée sur les routes par les accidents de la vie, mais jamais honteuse. On tombe de fascination pour la manière avec laquelle la réalisatrice filme ce rapport à la nature, des grands espaces aux plus petites pierres, dans une poésie crépusculaire, qui semble annoncer un destin malheureux mais jusqu’au bout éclatant de beauté. Tels les diplodocus, Fern et sa communauté sont annoncés de disparaître, un jour, comme nous tous, le cœur gonflé d’une amertume splendide. Et la musique vous faisait étrangement penser à Intouchables, rassurez-vous, il s’agit du même compositeur Ludovico Einaudi qui est derrière au clavier » - Diego

 

Promising Young Woman de Emerald Fennell : « Pour son premier film, l’actrice et écrivaine Emerald Fennell choisit de s’attaquer au genre ultra codifié du “Rape & Revenge” pour lui influer sa propre patte. Loin des poncifs du genre, “Promising Young Woman” met en scène Cassie, une jeune serveuse le jour se découvrant un nouveau passe temps dès la nuit tombée : attirer de jeunes hommes se servant de jeunes filles en détresse pour assouvir leurs pulsions sexuelles, et leur donner une leçon de conduite élémentaire envers la gente féminine. Si Cassie agit comme tel c’est, on l’apprendra bien vite, dans le but de venger son amie Nina, violée par l’un de ses camarades de promo alors qu’elles étaient toutes deux étudiantes en médecine. Face à ce sujet très fort, Emerald Fennell parvient malgré tout à rendre son film fun et agréable à regarder. Pop et rythmé, il dénonce à la fois la banalisation des comportements d’agresseurs, dans les campus américains ou ailleurs, et la passivité des témoins au fil d’un scénario parfaitement mené, qui voit l’héroïne se réapproprier son corps, sa vengeance et son destin.» - Pierre

 

Playlist de Nine Antico : « Rejouant la partition bien connue de la plongée dans les méandres de la création artistique, le premier film de l’illustratrice et auteure de bande dessinée Nine Antico n’en reste pas moins une auto-fiction inventive. On suit l’exploration des tumultes amoureux et professionnels de Sophie, une jeune serveuse de 28 ans. La manière dont défilent les situations tragi-comiques à l’écran rappelle le rythme narratif d’une BD. Comme l’indique son titre, le film parle aussi de musique. La BO, géniale, accompagne l’errance psychologique de ses personnages. On lui reprochera peut-être certains dialogues de vie parisienne qui pourraient provoquer une déconnexion chez le spectateur. Ce que mettent également en jeu les échos possibles avec les films de la Nouvelle vague dans les thèmes abordés et l’utilisation du noir et blanc. Playlist est dans l’ensemble un premier film réussi, on attend la suite !» - Milena

 

Shiva Baby de Emma Seligman : « Pépite de comédie qui a notamment fait son apparition au Festival du Cinéma Américain de Deauville l’année dernière, le premier long-métrage d’Emma Seligman est une merveille qu’il faut impérativement aller voir en salle. Si vous n’avez pas peur des plans séquences, d’un humour trash flirtant avec le comique du malaise ou encore si vous n’avez pas peur des excès de vitesse dans ce quasi huis-clos comique allant à cent à l’heure, alors foncez voir Shiva Baby.»- Julien

 

Le discours de Laurent Tirard : « Avec “Le Discours”, récit à la première personne d’un repas familial anxiogène au cours duquel Adrien, quarantenaire timide un peu looser en pleine “pause” amoureuse, se voyait imposé par son futur beau-frère de prononcer un discours au mariage de sa soeur, FabCaro tenait là un roman à succès, particulièrement drôle et surtout éminemment cinématographique. En effet, suivant le fil délirant des pensées d’Adrien, le récit alterne situations comiques et grands moments de doutes existentiels dont l’imagerie fantasque et l’avalanche de gags se prêtent fabuleusement bien à la réadaptation filmique. Malheureusement peu inspiré, Laurent Tirard ne se détache jamais du matériau d’origine et semble adapter à la virgule près le texte de FabCaro. Ainsi, le film devient un simple complément du bouquin, drôle et rythmé certes, mais indétachable de l'œuvre originale. Dommage.» -Pierre 

 

Petite maman de Céline Sciamma : « Adoubée mondialement suite au succès de l’incroyable “Portrait de la jeune fille en feu”, Céline Sciamma enchaîne avec un tout petit film simple, minimaliste, particulièrement tendre et doux. On retrouve ce qu’on aime dans le cinéma de Sciamma : un portrait délicat de l’enfance et une patte esthétique et musicale particulièrement appréciable. Narrant le deuil impossible d’une grand-mère par une petite fille, et sa rencontre avec sa mère au même âge, “Petite maman” étonne par son concept mais finit par ennuyer par son rythme très lent et son style très réaliste. En reste une petite curiosité d’1h12 intéressante à découvrir pour sa démarche relativement inhabituelle dans le paysage cinématographique actuel.»  - Pierre