L'irrésistible ascension hollywoodienne de Katharine Hepburn

En hommage à la plus grande des comédiennes, The Film Society revient sur l’ascension hollywoodienne de Katharine Hepburn.

4 Oscars de la meilleure interprétation féminine, un record inégalé. Classée « Plus grande actrice de légende du cinéma américain » par l’American Film Institute. Lorsque l’on évoque les plus grandes actrices du cinéma américain, le nom de Katharine Hepburn devrait sonner comme une évidence, tant la carrière et l’influence de l’actrice, comédienne présente au casting des plus grands films de son époque, figure féministe d’un temps où il était encore anachronique d’utiliser ce terme, impressionne. Pourtant, si l’on interroge les jeunes générations de cinéphiles, celle que l’on surnommait Miss Kate semble parfois légèrement oubliée, boudée au profit d’une autre Hepburn dont elle ne partage que le nom, star de My fair Lady et Diamants sur canapé. Est-ce le cinéma classique des années 1930-40 qui peine à être dépoussiéré ? Ou l’image de l’actrice, pourtant fondement de sa riche carrière, qui n’est pas parvenue à traverser le temps ?

En hommage à la plus grande des comédiennes, The Film Society revient sur l’ascension hollywoodienne de Katharine Hepburn.

 

Un tempérament qui tranche avec les codes de son époque

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ascension de Katharine Hepburn à Hollywood n’avait rien d’une évidence. Très vite promue au statut de star, son physique et sa voix si particulière lui donnant une image de femme moderne et sophistiquée, Hepburn rencontre le public dès son deuxième film, La Phalène d’argent, où elle campe le rôle d’une aviatrice forte et ambitieuse. Tout Katharine Hepburn est déjà là : un tempérament combatif, une personnalité forte dans un rôle audacieux qui rendent l’actrice immédiatement identifiable du grand public, tout en se distinguant de ses contemporaines.

Comédienne de son temps, Hepburn banalise l’extraordinaire. A une époque où le port du pantalon pour une femme était considéré comme du travestissement, elle l’arbore dans son rôle d’aviatrice, mais sans jamais que celui-ci ne soit mis en valeur par la mise en scène, sans jamais que cela ne soit un sujet. Comme Greta Garbo et Marlène Dietrich, le port du pantalon pour Katharine Hepburn fait figure de caractérisation de son indépendance, comme de sa décontraction, attitude qui lui sera immédiatement associée. Emerge alors l’idée que dans ses films, comme pour Garbo et Dietrich encore, le personnage féminin doive être supérieur ou égal à son partenaire masculin.

Comme une évidence, le tempérament de Miss Kate est aussi responsable de son éloignement du public. Dans Sylvia Scarlett, Katharine Hepburn joue le rôle d’une jeune fille, forcée de se travestir en homme après la mort de sa mère, pour tenter de survivre aux côtés de son père et d’un arnaqueur notoire joué par Cary Grant. Le film, en plus d’être un échec terrible, fait scandale et reçoit les huées du public. Alors que son costume masculin ne devait représenter que l’une des facettes de l’actrice, il lui est collé à la peau par des critiques qui la raillent, arguant qu’elle serait plus à l’aise en homme qu’en femme. Dans un même temps, Mary of Scotland contribue à renforcer l’image aristocratique de l’actrice. Jugée star compliquée, incompréhensible, elle devient relativement impopulaire, et devra travailler son image pour relancer sa carrière.

 

Une nouvelle image

C’est en changeant radicalement de registre et en se forgeant une image nouvelle que Katharine Hepburn revient sur le devant de la scène. Ce nouveau départ, elle le doit à la screwball comedy (comédie loufoque qui repose sur le burlesque de ses personnages et situations), notamment avec L’impossible Monsieur Bébé (Howard Hawks) dans lequel elle retrouve Cary Grant pour former un duo lunaire. Sommet de la comédie débridée de la fin des années 1930, le film restera culte mais reste un échec commercial à l’époque.

Le sommet de sa carrière, c’est probablement Indiscrétions (The Philadelphia Story en VO), comédie de remariage au casting impressionnant (Katherine Hepburn, James Stewart, Carry Grant). Preuve du contrôle total de son image, Hepburn choisit elle-même se s’entourer de ces deux acteurs mythiques gravitant autour d’elle dans une comédie dont elle est le centre. Elle y retrouve également George Cukor, réalisateur de Sylvia Scarlet à l’époque pour cette fois rencontrer le succès public et critique. Le film reste encore aujourd’hui considéré comme un chef d’œuvre et assoit la popularité et la personnalité d’Hepburn. Le film, basé sur une pièce avec laquelle l’actrice avait déjà rencontré un franc succès à Broadway, consacre une Katharine Hepburn superstar autour de laquelle gravitent les figures de Stewart et surtout de Cary Grant, aux côtés duquel elle avait partagé l’affiche très tôt dans sa carrière.

Dès lors, Hepburn devient une figure de la MGM mais aussi une star à part entière dont la personnalité et le rayonnement lui permettent une influence nouvelle, une prise en main de sa carrière. Ayant fait de son projet de porter Indiscrétions au cinéma un succès, elle possède désormais l’approbation du choix et de la confection des costumes qu’elle porte dans ses films, preuve de son aura auprès des producteurs.

Jeune actrice incomprise, Katharine Hepburn a su redorer son image pour devenir l’icône que l’on connait aujourd’hui. Au départ éloignée de la comédie, le registre est venue à elle notamment celui de la screwball comedy dans lequel elle excellera à partir de 1938.

 

Sources :

> Conférence de Marguerite Chabrol à la Cinémathèque française

> Katharine Hepburn : la plus grande actrice de légende du cinéma Américain, par Guillemette Odicino, Mariel Bluteau, France Inter, 2016

Proposé et rédigé par PierreSenecal