Queer stories : romances et sexualités

Les amours hors normes du grand écran

Le 17 mai 1990, l’OMS retirait l’homosexualité de sa liste des maladies mentales. Dans les années qui suivent, nombre de films - documentaires et de fiction - suivent cet appel à la normalisation et proposent des récits nouveaux sur grand écran. Dans cette lignée, The Celluloid Closet propose une relecture des grands films de l’âge d’or hollywoodien pour y déceler à la fois les habiles tours et détours qui ont permis de montrer des personnages homosexuels tout en contournant la censure, mais aussi les discours moraux associés à ces représentations.

Ces actes sont en réaction à ce que l’on appelle l’hétéronormativité : en plus de ne considérer comme normales que les relations hétérosexuelles (c’est-à-dire entre une femme et un homme cisgenres), cette vision n’inclut comme mode de relation possible que le couple, dans une trajectoire bien tracée et publique. Des exemples de ces récits romantiques devenus topos, notre culture cinématographique en est remplie, et une chose reste constante : leur caractère normatif.

Les quelques fois où des personnes homosexuelles, bisexuelles, pansexuelles ou asexuelles sont représentées à l’écran, elles semblent systématiquement marginalisées : soit malheureuses, seules et déprimées, ou bien alors malsaines, hypersexualisées voire fétichisées.

Si l’homosexualité masculine est cachée voire vécue dans la honte (Le secret de Brokeback Moutain), l’homosexualité féminine est mise en scène pour le plaisir du regard masculin - le fameux male gaze (Mulholland Drive). La bisexualité quant à elle est traitée au mieux comme une incertitude passagère (Chastity), au pire comme le signe de la dualité dangereuse d’un personnage auquel on ne peut pas se fier (Basic Instinct). Cette diabolisation des attirances romantiques et sexuelles non hétérosexuelles est particulièrement codifiée dans les dessins animés Disney, insistant sur l’idée que ces relations n’existent que dans le champ de la sexualité, et sont donc fondamentalement adultes. 

C’est justement ce manque de renversement des codes narratifs classiques qui peut déranger : si l’objet du désir change, la structure hétéro-normative n’est pas remise en cause, et alors les spécificités de l’expérience altersexuelle sont invisibilisées. C’est ce que recouvre le terme d’homonormativité mis en avant par Lisa Duggan dans sa critique de la libéralisation des discours pro-LGBT, qui ne sont souvent que surface. Ce rejet d’une visibilité stéréotypée pose la question de savoir si l’entrée dans le mainstream serait l’ennemi à abattre.

Si la question n’est pas aussi tranchée (et, semble-t-il, n’a pas besoin de l’être), il est certain que la majorité des productions cinématographiques qui rendent le mieux compte des expériences des personnes non hétérosexuelles n’ont pas commencé en étant de grosses productions hollywoodiennes. Au contraire, c’est l’exploration de soi et les tentatives hors des sentiers battus des oeuvres de cinéastes indépendants qui ont permis la réalisation de films devenus des références absolues en la matière. 

Ainsi, The Watermelon Woman - par l’incontournable Cheryl Dunye - est une fiction faussement documentaire, qui semble chercher à raconter la vie de cette fameuse et mystérieuse « Watermelon woman », derrière laquelle se cache en réalité la cinéaste elle-même. 

Le récit de soi - directement ou indirectement - est-il alors la voie la plus légitime? Il est effectivement aisé de penser que les personnes les plus à même de raconter avec justesse ces histoires sont les personnes concernées elles-mêmes. Par exemple, l’une des cinématographies les plus convaincantes actuellement à cet égard serait celle de Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu, Naissance des pieuvres, Tomboy et d’autres encore). 

C’est au fond un enjeu profondément féministe, queer, et cinématographique : un bon film sur les sexualités LGBT, c’est un film qui a la liberté de raconter des histoires avec justesse et sincérité, pour que tout le monde y ait accès. En exiger un militantisme, de la véracité, ou même une esthétique particulière n’est qu’un carcan de plus, et une réduction du champ des possibles. C’est parce que le cinéma est un espace dans lequel on peut se reconnaître, se découvrir, et parfois même apprendre à s’aimer qu’il est important d’y voir des récits contrastés, opposés, divergents, et tout aussi vrais les uns que les autres.

*

Cette semaine, The Film Society vous propose de découvrir 7 cinéastes qui ont posé leur regard sur ces histoires.

Proposé et rédigé par Cécile Gauclère