Un Vilain au grand coeur

Portrait d'Albert Dupontel

"Adieu les cons" - Albert Dupontel

À l'occasion de la sortie d'Adieu les cons, retour sur un cinéaste français au style atypique qui pourrait bien réconcilier les français avec la salle de cinéma.

 

Né en plein cœur des Yvelines, Pierre Guillaume se destinait tout naturellement vers une carrière médicale, encouragé par son père médecin et sa mère dentiste à rejoindre l'Ordre des Médecins. Déjà doté d'une énergie et d'un esprit vif, en partie dû à sa pratique intensive du sport, le destin de Pierre Guillaume bascule du jour au lendemain en plein cœur du CHU Bichat-Claude-Bernard. Après quatre années théoriques passées à l'UFR de médecine Paris-Diderot, le jeune étudiant-interne du service de neurochirurgie ne se remettra jamais de sa rencontre avec un jeune homme de 20 ans, admis aux urgences, littéralement broyé par un accident de moto. Et s'il survivait, quel avenir pouvait bien lui réserver la vie ? Pouvait-il seulement imaginer un seul instant concrétiser ses rêves dans un tel état ? De quoi rêvait-il au juste ? Autant de questionenements pour Pierre Guillaume qui a vécu l'instant T. Le point de non-retour.

 

Pierre déserte la médecine et passe ses journées dans les salles obscures, capable d'enchaîner les séances tout au long d'une journée en véritable cinéphile. Lorsque son maître de stage refuse indéniablement à valider son stage, Pierre Guillaume décide de poursuivre un rêve enfoui, celui d'évoluer dans le milieu du spectacle. Pour assister aux cours d'Yves Pignot, Pierre signe d'un nom différent pour préserver l'honneur de sa famille, un nom de scène : Albert Dupontel. Suivi de deux années au théâtre national de Chaillot, Albert Dupontel se lance dans l'écriture de sketches en guise de défouloir et tenter de canaliser son trop-plein d'énergie. Et bien qu'Ariane Mouchkine en personne lui propose d'intégrer sa troupe, Dupontel refuse au profit de la télévision.

 

Les aînés se souviendront de ses premières apparitions sur Canal+, marquées par une écriture cinglante. Gagnant très vite un public d'admirateurs, Albert Dupontel finit par écrire un one man show, tourner dans des spots publicitaires et faire la rencontre décisive avec Patrick Sébastien. Son « Sale spectacle » est un succès, ses sketches deviennent des références (Le Bac !), mais Albert préfère délaisser les planches pour les caméras. Après un premier essai prometteur dans son court-métrage Désiré, Dupontel frappe fort avec Bernie, son premier long-métrage qui lui vaudra les faveurs de Terry Gilliam.

 

1999. Dupontel fait face à un échec, celui du Créateur. Un bien pour un mal, puisqu'on lui propose un rôle dans La Maladie de Sachs, ce qui lui vaut une nomination aux Césars. Finalement la casquette de réalisateur, ce sera pour plus tard. Les Acteurs, Irréversible, Le Convoyeur, Un long dimanche de fiançailles, Fauteuils d'orchestre, Dupontel tourne avec les plus grands. Et pourtant, il ne tombe jamais dans les pièges du show-business, écarté de cette société si particulière du spectacle, ce qui lui a valu une longue attente avant de pouvoir financer Enfermés dehors.

 

« Le pitch m'est venu un soir où je songeais à me venger du monde exterieur, c'est à dire un peu tous les soirs. J'ai cherché comment le raconter, et l'aspect cartoon social m'a paru de bon aloi. »

 

Film-référence du style Dupontel avec une place accordée aux marginaux embarqués malgré eux dans des situations abracadabrantes, insensées, loufoques, bizarres, absurdes, drôles aussi, et émouvantes toujours. Un méli-mélo total. Un cocktail explosif. Il y a du Chaplin et des intentions esthétiques novatrices pour le cinéma français. Loin du cliché du cinéma indépendant français classique. En prime, l'apparition de Terry Gilliam. Autant le dire, dans le genre, Albert Dupontel est adoubé. Les Etats-Unis ont même le français dans le colimateur, très peu pour Dupontel qui préfère garder la main sur ses projets d'où la création de sa société de production ADCB Films.

 

S'il continue à tourner pour les autres, chaque sortie en tant que metteur en scène est un événement à part entière. Le Vilain, où il offre à Catherine Frot le rôle mémorable d'une mère prête à tout pour aider son fils dans sa quête de rédemption ou encore la relation sentimentale improbable entre un juge d'instruction et un accusé dans 9 mois ferme. Et vient l'exercice délicat, mais payant, de l'adaptation.

 

Au-revoir là-haut, synthèse de l'Art Dupontel, a mis tout le monde d'accord.

 

Cette semaine, The Film Society revient sur l'ensemble de la filmographie du cinéaste français.

Proposé et rédigé par Thibault Juilliart