Vers un monde durable

Le cinéma peut-il réussir où les politiques et les médias ont échoué ?

Les fêtes de fin d'année sont terminées, 2021 laisse sa place à 2022. Pour bon nombre, avec beaucoup d'attente et d'espoir. Espoir d'un avenir meilleur, sans masque, avec quelques kilos en moins ou une carrure plus athlétique pour certains ou encore en plaçant un nouveau chef d'État au 55 Rue du Faubourg Saint-Honoré pour d'autres. 

Effectivement, cette année les Français sont appelés à aller aux urnes. Qui dit année présidentielle, dit aussi confrontations d'idées. Malheureusement, à l'heure des premières interventions, primaires et meetings des aspirants à la Présidence de la République, seules les questions régaliennes accaparent l'entièreté de l'espace public, cristallisant un tiers du temps de parole du débat des Républicains ce 30 novembre. Dans le même temps, seules 7 petites minutes - sur les 161 de temps de parole - ont été servies pour évoquer l'environnement. 

Même si à partir de 2015, avec la tenue de la Conférence pour le Climat à Paris, les marches pour le climat et l'apparition du phénomène Greta Thunberg sur le devant de la scène, la cause environnementale semblait commencer à animer chaque citoyen, prenant le pas sur les autres enjeux socio-politiques, il faut avouer que le soufflé s'avère être retombé. Quelle est la vision du cinéma sur ce sujet ? Peut-il nous aider là où beaucoup ont failli ? 

 

Un déni sociétal 


Malgré les fêtes de fin d'année, la dernière production de Netflix, Don't Look Up, a connu un succès retentissant, inondant les réseaux et les émissions télévisées. S'il fallait résumer le film en une phrase, "notre maison brûle et nous regardons ailleurs" serait la plus appropriée. D'une part, à cause du scénario. Deux scientifiques découvrent l'arrivée très prochaine de la fin du monde et en informent la population. Dès lors, alors que l’on s’attend à une réaction des autorités compétentes, rien ne va se passer. Les politiques, médias et riches patrons de la Tech agissant tous de concert pour... ne pas agir, ne pas semer la panique auprès de leurs citoyens et surtout, profiter de cette situation pour en tirer des profits personnels. D'autre part, parce que cette formidable satire, très proche de la réalité et très peu caricaturale, fait écho à cette phrase de Chirac, datant déjà de 2002, et aux problèmes environnementaux qu'il évoquait.

Pourtant, les retombés négatives du réchauffement climatiques sont connues depuis les années 70 grâce aux découvertes des grands groupes pétroliers Shell, Exxon, BP et Total. Vérité qu'ils ont bien évidemment caché sous le tapis. A contrario, le 7ème art s'empare très tôt du problème. Dès l'année 1973, Richard Fleischer sort son magnifique film d'anticipation Soleil Vert. Cette dystopie – qui n’en est plus une tant l’avenir qu’elle décrit paraît aujourd’hui être notre destinée - se déroule dans le New York de 2022 (tiens, tiens) et met déjà en exergue un effondrement de la société dû à des désastres environnementaux liés à la cupidité humaine.

L'argent souvent coupable est ici capable d'entraîner les dirigeants de DuPont, grand groupe de l'industrie pétrochimique américain, à cacher l'exposition délibérée de toute la population mondiale à un produit chimique nocif pendant des années. L'effort de ce groupe pour couvrir ce scandale permettra tout de même de faire du bruit par le procès retentissant qu'elle créa et grâce au combat d'un fermier de Virginie et d'un avocat de Cincinnati, ce qui inspira le film de Todd Haynes, Dark Waters. 

In fine, ce film rend surtout compte de la difficulté de lutter contre de telles puissances malgré les catastrophes qu’elles provoquent. Difficultés qu’ils ont eux-mêmes créées, grâce à la horde de faux savants climato sceptiques qu'ils ont engagés pour créer le doute dans les esprits de tous les Hommes, notamment aux États-Unis, comme l'explique très bien le documentaire de Arte, Le lobby climatosceptique.

 

Une réalité difficile à accepter


Le déni n'est néanmoins pas une réaction à blâmer lorsque ce n'est pas fait sciemment. C'est le meilleur moyen de défense de notre cerveau pour affronter une réalité anxiogène. Il est effectivement plus simple de croire des arguments fallacieux ou de pointer du doigt un petit contre-exemple d'une théorie scientifique pour se conforter dans son idéologie. Bien plus, notre ego aime croire, se raconter de belles histoires et se sentir supérieur. Ainsi prendre connaissance d’une thèse conspirationniste, c’est accéder à une information cachée du reste du monde, qui donne le sentiment d’appartenir à un cercle de privilégiés : celui des libres penseurs. Comme l'explique le troublant documentaire Netflix, Derrière nos écrans de fumée, les réseaux sociaux jouent un grand rôle dans cette fracture en confortant les utilisateurs dans leur schéma de pensée grâce à des algorithmes pervers.

Mais la réalité est bien présente derrière ces malhonnêtetés. L'année dernière, l'université de Cornell a établi que 99,9% des études sur le réchauffement climatique ont statué que le phénomène était dû à des causes humaines néfastes. Il est donc urgent de s'en rendre compte afin de pouvoir agir et le cinéma est un très bon moyen d'ouvrir les yeux des citoyens et de prévenir la phase de tristesse et d'angoisse par laquelle chacun devra passer.

Dans le très graphique et sensible Okja, la société Mirando Corp, dirigée par une environnementaliste, a créé des cochons génétiquement modifiés à des fins peu louables. Les 26 premiers spécimens seront élevés dans la nature selon les traditions locales des différentes régions du monde où ils seront envoyés. Parmi eux, Okja, qui sera couvée par la jeune Mija dans les montagnes durant 10 années avant d'être séparée d’elle. La sud-coréenne sera dévastée quand elle découvrira l'envers du décor, ce qui ne l'empêchera pas de se battre pour libérer son amie.

Cette colère est aussi bien présente chez ce fermier qui voit toutes ses vaches devenir folles et mourir, suite aux pollutions fluviales orchestrées par DuPont ou chez cette islandaise, cheffe de chœur, qui déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium qui défigure son pays. Elle prendra tous les risques pour saboter des lignes à haute tension protéger les Hautes Terres d’Islande. Alors que Dark Waters se veut très (trop parfois) dramatique, Woman at War est teinté d'humour et de légèreté. Benedikt Erlingsson a réussi avec brio et décalage à éviter l'écueil du pensum environnemental et à délivrer son message : la production de biens matériels ne doit pas se faire au détriment de l'environnement.


Être conscient pour construire un futur durable

 

Puisque les médias échouent dans la mission d'informer les lecteurs.rices et téléspectateurs.rices, le cinéma s'y attelle et pointe du doigt le réel problème : la surconsommation. Dès le générique, Richard Fleischer dévoile son talent et son savoir avant-gardiste. Une succession d'image accompagné d’une douce mélodie nous révèle une vérité pertinente. La société préindustrielle se modernise, découvre le confort et la croissance économique, entraînant une croissance démographique. On passe de la consommation à la surconsommation. De la population à la surpopulation. La société s'emballe en même temps que la musique pour laisser finalement place à la pollution, la perte de biodiversité, une quantité astronomique de déchets mais surtout des pénuries, des pandémies, des famines et des conflits. Il faut bien rappeler que Soleil Vert est sorti en 1973 et qu'il était présenté comme une dystopie de l'an 2022. Mais maintenant peut-on réellement parler de fiction ?

Cette surconsommation est aussi responsable dans Wall-e de l'effondrement des systèmes. A tel point que l'humanité est contrainte de s'exiler sur son Arche de Noé, volant à travers la galaxie après que la Terre ait été submergée par un océan de déchets, la rendant inféconde et invivable. Comme nous l'apprend Don't Look Up, l'Humain, au lieu de se remettre en question, se tourne vers la technologie avec des robots pour se sauver et nettoyer la décharge géante qu'est devenue la planète. Spoiler : la quête désespérée de la rédemption par la voie 100% numérique n'est qu'illusoire. Cette œuvre va tout de même permettre de nous rendre compte que le mal est plus profond, qu’il n’est pas technologique mais dans notre relation aux autres, à la nature et à la consommation.

Cyril Dion en est conscient et a voulu lui aussi adresser ce message. Après avoir casté, dans Demain, une star de la scène française, Mélanie Laurent, pour répandre plus facilement son message auprès du grand public, tout comme Adam McKay, a donné vie à ses personnages avec Leonardo Dicaprio, Jennifer Lawrence et consort dans Don't Look Up, le militant écologiste tricolore a cette fois-ci choisi de mettre en scène dans Animal deux activistes de 16 ans, Bella et Vipulan, pour capter l’attention de la jeune génération qui est celle qui sera impactée et qui doit changer de vision.

Il leur fait faire le tour du monde pour les confronter à tout un tas de situations bouleversantes sur le plan humain et environnemental, sans aucune mise en garde de ce qu'ils vont devoir affronter, pour capter un regard sincère sur chacun des événements. C'est ainsi que nos deux activistes s’éveillent et se rendent compte que le problème est systémique ; qu'un éleveur de lapins n'est pas forcément un criminel sanguinaire et inhumain et qu'il peut être en cage comme ses lapins. Ce parcours initiatique nous apprend autant qu’à eux l'épaisseur du danger auquel nous sommes confrontés, mais surtout sur le chemin à suivre pour trouver une solution à travers la conclusion poignante de Bella. Celle-ci fait écho à mon dernier article sur les échecs de l'amour et la méditation. Nous n'arriverons à rien par la haine. Longtemps, dans son cœur la colère se matérialisait contre certains individus alors que le problème est bien plus vaste, il se trouve dans l'organisation même de nos pays. L'urgence est donc de changer de paradigme mais nous devrons le faire ensemble.

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Le cinéma dépeint très bien le traitement de la question environnementale au fil des années dans notre société. Une connaissance très tôt du problème mais un déni orchestré en premier lieu par les grands groupes, les politiques et les médias qui se sont voilés la face au profit de l'argent et du pouvoir malgré les prédictions désastreuses des scientifiques.

Vous l'aurez compris à travers mes sous-titres, pour pouvoir espérer sauver notre planète, une consciente collective doit surgir d'un processus qui doit suivre les mêmes étapes que le deuil. Deuil de notre société actuelle basée sur la surconsommation, l'argent ou le pouvoir pour créer un nouveau schéma de communauté. Ne laissons pas détruire quelque chose qui n'a pas de prix pour quelque chose qui n'a pas de valeur car qu'on le veuille ou non, la Terre sera toujours gagnante mais on peut soit, dès maintenant, en être conscient, se reconnecter à la nature, aux autres et changer les choses par nos actions collectives et individuelles non anxiogènes ou subir les futures pandémies, conflits armés, famines et catastrophes naturelles que l'on aura provoquées. 

Proposé et rédigé par Lucas Coppens